Pour notre deuxième conversation nous nous sommes donnés rendez-vous au même endroit à la même heure. Mais il a fallu nous rendre à l'évidence : les lieux sont bondés ce jour-là. Un repli s'impose. Nous optons pour un jardin public, un banc à l'ombre des marronniers.
Avant que je n'aie le temps de commencer, Jean intervient :
- Ça a été un peu short, la dernière fois, je n'ai même pas eu le temps de dire quelques conneries que déjà c'était fini !
- J'avais un rencart...!
- Et aujourd'hui ?
- Non...
- Alors on pourrait dîner ensemble, ce soir !?
- Oh, doucement...!
- Je ne suis même pas encore entré dans le vif de votre sujet...!
- Bon, allez, sérieusement...
- Avec moi, être sérieux ? Vous voulez rire !?
- C'est ce que j'espérais en vous interviewant mais je dois reconnaître que je ne me suis pas encore vraiment éclatée...
- Comme vous y allez franco ! Mais vous n'êtes pas une bombe non plus, soit dit en passant. Cela étant, pour votre information, sachez qu'en général ce ne sont pas mes interlocuteurs qui sont succeptibles de rire mais ceux qui nous écoutent ou me lisent !
Je dois avouer que là, il m'a un peu scotchée. Je reprends vite de l'assurance pour changer de sujet :
- Justement, à propos de lire, parlons de vos histoires... Elles nous font aussi voyager...
- Effectivement. Le «camp de base», c'est l'Alsace (tout au moins dans les quatre premiers tomes), de là on fait des incursions en Allemagne, une excursion en Espagne, des vols vers le Viêt Nam...
- A vols d'oiseaux, vous pensez ?1_CPR couv- RGB
- Vous faites allusion à la perruche rouge de Camille... Il est vrai que ce livre et le suivant sont orientés vers l'Asie.
- Il n'y a pas que les voyages géographiques, il y a aussi vos voyages temporels...
- Oh, juste de petits sauts...
- Tout de même !....
- C'est à la portée d'un petit sot, je n'y suis pas pour grand chose.
- Vous ne voulez pas en dire plus...?
- Non, car je ne maîtrise pas ça... Je ne suis pas un maître du temps, je ne travaille pas à Fort Boyard.
- Bien, on y reviendra peut-être parce qu'il y a quelque chose qui me turlupine...
- Savez-vous que, contrairement à ce qu'on pourrait penser, «turlupine» n'est pas une contraction de «turlute» et de «pine» ?
- Oui, je sais, sinon ça voudrait dire que je m'agite sur mon siège tout en vous parlant la bouche pleine.
- Oh, bravo ! Bon, alors poursuivons.
- Dans vos récits, vous faites allusion à des événements ou des faits d'actualité, or certains sont anciens....
- Il faut savoir que «Camille et la perruche rouge» a été écrit entre 2003 et 2010 ; l'histoire elle-même se déroule sur cette période. Les références à l'actualité se font donc sur ces mêmes années et il en est ainsi pour chacun des tomes... pour l'instant.
- Que voulez-vous dire par «pour l'instant» ?
- Eh bien, dans le tome 5, l'essentiel de l'action se déroule au temps des Carolingiens... ce qui n'empêche pas les allusions à notre époque, bien sûr.
- En revanche, pas de séquence «Cerumen FM» puisque la radio n'existait pas en ce temps-là...!

- Et pourtant !
- Ah bon ?
- Oui.
- Mais comment...
- Chut !
- C'est donc un roman historique qui s'annonce...?
- Oh, je ne sais pas si ça restera dans les annales...!
- Je voulais dire : au sens que le récit à trait à l'histoire.
- Oui, mes récits sont en général des histoires.
Il m'énerve. Je reprends :
- Une histoire qui se déroule dans le cadre de l'histoire de France...!
- Pas tout à fait, puisqu'à l'époque la France n'était pas encore constituée. Je dirai plutôt l'histoire des Francs.
- C'est donc ce qu'on appelle couramment «roman historique»
- Je ne qualifierais pas mes écrits de romans, ce serait prétentieux...
- Oui, vous l'avez déjà dit, alors passons... Et ce tome 5 sortira quand ?
- Oh ! Là, ma bonne dame...! Il devait sortir fin de l'année dernière, mais je crois que ne sera pas possible...
- Forcément, on est l'année suivante !
- Ça ne veut rien dire, croyez-moi... Toutefois, je pense que d'ici cet automne ou cet été, «le vase de Soissons à trois clous» sera publié.
- Ah ! Serait un scoop ? Votre cinquième tome s'appellera « le vase de Soissons à trois clous» ?
- Je songe effectivement à définitiver ce titre provisoire.
- Je suis impatiente d'en avoir un exemplaire !... A propos de publications, parlons un peu de couvertures.
- Je n'en ai pas, je ne travaille pas à la DGSE. En revanche, j'avais une amie espionne et il en est question dans «le générateur de gréons»...
- Évidemment, nous ne parlons pas de la même chose...
- Ah ! La couverture du lit ? Pour vous y glisser, mieux vaut le faire en hiver... Maintenant, si vous voulez profiter de mes draps, ils sentent bon la lavande car...
- Vous le faites exprès !?
- J'avoue. Que voulez-vous savoir ?
- Que représentent-elles ?
- Je ne voudrais pas avoir l'air de tirer la couverture à moi, mais c'était mon idée de faire simple pour se démarquer des photos habituelles et être plus visible ;  ainsi ce sont des dessins figuratifs qui ornent la une,  en rapport direct avec l'intrigue, hormis pour le tome 4...
- Qui fait toujours exception...
- Évidemment, comme il n'y a pas d'intrigue, l'illustration reprend l'idée du titre.
- Et il y a une petite vignette, en-haut à gauche...
- Une photo en rapport avec un passage du livre.
- Love, love me do, you know I love you...
- Ah ! C'est mon téléphone, excusez-moi... Oui... Oui.. Oh mince ! Heureusement que tu m'as appelé, j'ai failli oublier ! Merci ! A tout de suite !
- Si je comprends bien, notre entrevue touche à sa fin ?
- Désolé, Kim, cette fois, c'est à mon tour d'avoir un rencart.
Jean prend congé et moi j'arrête l'enregistrement. Forcément. En plus, on n'a même plus reparlé de diner ensemble. Zut !

K. Tarteen